javert: scyther sitting plushie in front of a rainbow stripes background (pkmn scyther plushie)
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Titre: Détour
Fandom: Yume Nikki
Pairing: Madotsuki & Poniko/Uboa
Rating: T
Résumé: La fille ne te regarde pas.
Notes: Écrit dans le cadre de La Nuit de l'Écriture de [community profile] lepetitsalondecriture. Le thème était Aberration de la nature. Elle fait en quelque sorte suite à la précédente. Pour moi, le mot anglais "Disregard" est l'essence même de Poniko, mais tous les équivalents français me paraissent peu adéquat et ne rendent pas aussi bien. J'étais parti sur "Désintérêt" au début, mais finalement, l'idée de détourner le regard m'a paru plus appropriée. D'où "Détour".
Lien AO3: Ici.



Au bout d'un de tes mondes de rêves, il y a une très grande mer remplie d'eau rosée. Tu l'appelles la mer rose, mais en vérité, le volume de liquide qu'elle contient couvre à peine jusqu'à tes genoux. Tu aimes y tremper tes pieds, y marcher pas à pas en sentant le poids de tes chaussettes saturées. Quand tu grimpes à nouveau sur la terre ferme, tes chaussures ruissellent et font des bruits de succion dès qu'elles touchent le sol. Splosh, splosh. C'est un peu amusant.

Tu as mis plusieurs rêves à remarquer les ballons. Ils volent au gré du vent. Leurs couleurs vives reflètent la lumière d'un soleil que tu n'as jamais vu. Le ciel au-dessus du lac est blanc et vide. Aucun nuage, aucun astre solaire. La nuit ne tombe jamais.

Les ballons t'emmènent faire le tour de la mer. Le paysage n'a rien d'extraordinaire. Ça ne te dérange pas. Même vide, cet endroit est plus intéressant que le monde dans lequel tu passes le plus clair de ton temps.

Au centre de la mer, à force de suivre les ballons, tu découvres quelque chose de vraiment spécial. C'est une sorte de château, ou une sorte de petite montagne. Tu n'arrives pas bien à le définir. Ça se tient au milieu de plusieurs autres monticules colorés. Tu te demandes ce qu'il y a à l'intérieur. Un monstre ? Un trésor ? Un autre monde à parcourir ?

Tu n'hésites pas très longtemps.

À l'intérieur du château-montagne, il y a une fille. C'est une fille comme toi. Elle est blonde. Elle porte des vêtements simples, le même genre que tu aimes porter. Un pull vert. Une jupe à carreaux. Des chaussures rouges. Des chaussures rouges !

Elle ne te regarde pas.

Tu es si subjuguée par sa présence qu'il te faut quelques minutes avant de remarquer que tu es dans une pièce terriblement banale. Une chambre de fille, comme la tienne. Un grand tapis, comme le tien, un petit peu plus petit. Un pouf pour s'asseoir. Un lit pour dormir. Un bureau pour écrire et dessiner. Une bibliothèque pleine de livres.

La fille ne te regarde pas.

La façon dont elle détourne les yeux a presque l'air accidentel. Comme s'il y avait simplement quelque chose d'autre de plus intéressant à regarder. Sauf qu'il n'y a rien de plus intéressant à regarder. Le simple fait qu'elle ne cherche pas à savoir qui est cette inconnue qui vient de débarquer chez elle est inhabituel.

Tu as l'habitude que les êtres que tu rencontres dans ces mondes oniriques se comportent de manière inattendue. Beaucoup fuient ta présence, d'autres font comme si tu n'étais pas là. Mais il y a quelque chose dans cette situation qui te dérange sans que tu puisses mettre le doigt sur la raison.

Les chaussures rouges de la fille font un bruit étouffé quand elle se déplace sur son tapis. Tomp, tomp. Elle ne te regarde pas.

— Bonjour, enchantée, dis-tu, brisant le silence qui règne dans la chambre. Qui es-tu ? C'est ta maison ici ?

Pas de réponse.

— J'aime bien tes posters. Ils sont jolis.

Tomp, tomp. Elle ne te regarde pas. Ses pieds frottent le tapis. Tomp, tomp. Tu te demandes si, peut-être, elle ne parle pas le japonais. C'est une fille blonde qui marche sur son tapis avec ses chaussures, après tout.

— Comment tu t'appelles ?

Pas de réponse. Tu prends une grande inspiration que tu relâches dans un long soupir.

— Tant pis. Je m'en vais.

Tu n'attends pas de constater son absence de réaction. Tu te retournes pour ouvrir la porte et remarques quelque chose auquel tu n'avais pas prêté attention.

Il y a un interrupteur. C'est un bouton tout simple comme il y en a partout, mais c'est la première fois que tu en vois un ici. Ta main tremble quand tu tends un doigt pour le toucher.

Ce serait impoli d'éteindre la lumière, te dit une voix dans ta tête qui te rappelle ta mère. Ça t'agace. Tu ne fais que répondre à l'impolitesse par l'impolitesse, après tout. Et puis, c'est ton rêve à toi. C'est toi qui décides.

Clic.

La chambre est plongée dans le noir. Tu te tournes vers la fille, même si tu n'espères pas grand-chose.

Elle ne te regarde pas.

— Au revoir, dis-tu.

Tu sors sans prendre la peine de rallumer. Ça lui apprendra.

 

Plusieurs nuits passent sans que tu penses à la maison de la mer rose, à l'étrange fille qui faisait comme si tu n'étais pas là. Il y a tant à faire, dans tes rêves, et tant de mauvais jours à oublier. Les choses vont un peu mieux dans ta nouvelle école, mais tu te sens terriblement seule. Tu passes des semaines à prétendre que tu es malade. Tu dors à la place. Tu rêves. Ta mère te gronde. Tu retournes à l'école où tout le monde te trouve bizarre. Tu te dis que tu aimerais bien pouvoir ignorer les autres aussi bien que la fille de la mer rose.

Elle ne te regarde pas plus quand tu y retournes enfin.

Tu as passé une journée éreintante. Quelqu'un t'a fait trébucher. Un des professeurs t'a reproché de ne pas venir assez souvent à l'école. Une des filles de ta classe qui te déteste a tiré sur ta natte jusqu'à ce qu'elle se défasse. Tu n'as pu retenir tes larmes.

Tu détestes pleurer. Dès que tu commences, tu n'arrives plus à t'arrêter. Ça fait mal aux yeux, aux joues, à la tête. C'est laid, quelqu'un qui pleure. Les filles se sont moquées de toi. Le professeur qui est finalement venu à ton secours t'a réprimandé.

— Les filles ne t'accepteront jamais, si tu continues comme ça, a-t-il dit, les sourcils froncés. Tu devrais faire un peu plus d'effort.

Toujours le même refrain. Tu t'es mordu la joue pour ne pas verser plus de larmes. Comme s'il savait ce que ça veut dire, faire des efforts. Comme si tu ne faisais déjà pas des efforts rien qu'en sortant de ton lit tous les matins.

Tu n'as pas pleuré. Tu n'en as même pas parlé à ta mère. Ça ne sert à rien.

La fille te tourne le dos. Elle a les yeux fixés sur le mur en face d'elle. Tu la regardes.

Si tu en avais envie, tu pourrais prendre le couteau que tu as ramassé dans un monde précédent et l'enfoncer dans son dos. Peut-être qu'alors, elle te regarderait.

Mais non, ce serait trop simple. Tu es sûre qu'elle se laisserait poignarder, qu'elle fermerait les yeux pour ne pas être obligée de te voir. Tu as une autre, bien meilleure idée.

Clic. La lumière s'éteint. Clic. La lumière se rallume. Clic. La lumière s'éteint. Clic. La lumière se rallume.

La fille ne bouge pas. Elle fait comme si de rien n'était. Tu sens des larmes monter, des larmes de rage. Tu te mords la lèvre. Ne pas pleurer.

Clic. La lumière s'éteint. Clic. La lumière se rallume. Clic. La lumière s'éteint. Clic. La lumière se rallume.

Elle marche vers son lit. Sa longue queue de cheval remue de gauche à droite. Elle ne te regarde pas.

Clic. Elle s'arrête, tourne la tête légèrement, sans s'occuper de ta présence. Dans la pénombre, tu la distingues moins bien. Clic. Elle rajuste sa position, traîne les semelles de ses chaussures contre son tapis. Tomp, tomp, scratch. Clic. Tu serres les dents. Clic. Clic. Clic. Clic. Clic. Clic.

Peu à peu, ta frustration diminue. Tu te sens un peu ridicule. Il y a tant à faire dans tes rêves, et tu perds tout ton temps à essayer de faire réagir quelqu'un qui se moque de toi. Tu soupires.

Tu sors de la chambre. L'air marin te pique les yeux. Tu les frottes un peu.

Une dernière fois, tu te dis, bêtement. Une dernière fois, et je pars pour toujours. Je ne reviendrai plus ici. Ça ne sert à rien.

La porte claque derrière toi. La fille ne te regarde pas. Elle est face à toi, debout au milieu de son tapis, mais elle regarde ailleurs. Elle est jolie. Cette pensée te tord le ventre.

Clic.

Un bruit sourd remplit toute la pièce. Il te perce les oreilles comme un marteau-piqueur. Tu les couvres et le bruit continue dans ta tête. Tout est plus sombre, comme si cette fois l'interrupteur avait absorbé toute la lumière. Tu lèves la tête pour voir si la fille réagit au moins à ça.

Il n'y a plus de fille. Toute la chambre est différente. Les murs noirs vibrent. Deux gros yeux te cherchent derrière la fenêtre. Les posters aussi te fixent. Même le tapis a des yeux. À son centre, à la place de la fille, il y a autre chose.

Tu ne sais pas ce que c'est. Une forme noire avec un masque blanc. Ton estomac est si serré qu'il te fait mal. Tu veux crier, mais aucun son ne sort de ta bouche. La créature a comme deux yeux, deux trous béants remplis de rien, qui suintent et tachent son masque. Elle ne bouge pas.

Elle te regarde.

Quand tu retrouves l'usage de ton corps, tu te tournes immédiatement vers la porte pour t'enfuir. La poignée glisse sous ta main moite. Tu ne peux plus sortir. La porte est fermée. Tu es coincée avec cette chose. Tu trembles si fort que tu n'arrives même pas à saisir ta joue pour la pincer.

Respirer te fait mal. Tout te fait mal. Ta vision se trouble. Tu as tellement peur que tu crains un instant que ta vessie va lâcher. Sans vraiment savoir pourquoi, tu te diriges vers la chose. Peut-être que tu peux la tuer. Peut-être que comme ça, tu pourras échapper à ce cauchemar.

Le couteau glisse dans le masque comme dans du beurre. La créature émet un son creux, presque comme une exclamation de surprise. La chambre disparaît.

Une goutte tombe sur ton crâne. Plic. Tu lèves la tête. D'étranges montagnes blanches te surplombent. Ploc. Tes chaussures sont trempées, mais l'eau est blanche, pas rose. Opaque. Un peu comme du lait.

Une autre créature se tient au loin, au-dessus des montagnes. Plic. Rouge et noir. Sa grosse langue saigne ou suinte. Ploc. Ses nombreux bras s'agrippent aux monticules blancs.

Elle te regarde.

Tu arrives enfin à saisir la peau de ta joue. La douleur te rassure.

La sensation des draps trempés de sueur sous ton dos est une délivrance.

De longues minutes s'écoulent avant que ton cœur se calme un peu. La pénombre de ta chambre te paraît soudain moins rassurante. Tu te lèves pour allumer la lampe de ton bureau.

Dehors, le ciel est plein d'étoiles. Les nuages annoncent encore de la pluie. Tu as soif.

 

Tu ne parviens à te rendormir que quand les premiers rayons du soleil commencent à poindre à l'horizon.
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