javert: inspector javert clutching his fist as he says "i believe" while sittin at his desk in front of a poster of jean valjean (misc javert)
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Titre: Averse
Fandom: Yume Nikki
Pairing: Aucun
Rating: G
Résumé: Il pleut.
Notes: Écrit en une heure et quelques dans le cadre de La Nuit de l'Écriture de [community profile] lepetitsalondecriture. Le thème était Ferme les yeux et Rêve. Un peu abstrait, et pas forcément l'interprétation stricte que je fais du personnage de Madotsuki, mais j'ai bien aimé tenter de représenter un personnage très détaché, un peu monotone. J'espère que ça vous plaira. L'histoire contient de la transphobie implicite et des références au harcèlement scolaire.
Lien AO3: Ici.



Un brouhaha.

— Hé, regarde ! Elle est revenue !

— Fait chier, je pensais qu'elle avait compris la leçon maintenant...

Quelqu'un rit, un rire de crécelle insupportable, qui fait siffler les oreilles.

— Ah, elle s'enfuit ! Cette sale trouillarde. Continue de faire semblant d'être malade, plutôt !

D'autres rires retentissent. Il pleut. Les flaques rendent le sol glissant. C'est désagréable.

Tu baisses la tête pour fixer tes chaussures. Elles sont rouge vif. C'est ta mère qui te les avait offertes, un jour d'été, quand elle avait enfin commencé à accepter la situation. Ta vision se trouble, mais tu ne ralentis pas le pas.

La première leçon que tu as apprise, c'est de ne jamais pleurer. Si tu pleures, même un peu, c'est fini. Pleurer, c'est comme laisser l'averse percer les nuages. Une fois commencé, plus rien ne peut l'arrêter.

Surtout, ça fait ricaner les autres. Ça les fait se sentir important. Dans ton ancienne école, verser ne serait-ce qu'une seule larme, c'était signer ton arrêt de mort. On jetait tes affaires dans la boue, on t'enfermait dans les toilettes des garçons. Chaque fois que tu essayais d'en parler à quelqu'un, c'était pour qu'on te répète la même chose, encore et toujours :

— C'est parce que tu te comportes anormalement que tes camarades te prennent pour cible. Si tu faisais plus d'effort, tu n'aurais pas ce genre de problème. Pour commencer, tes cheveux sont trop longs...

Quand ce n'étaient pas les cheveux trop longs, c'étaient les manières trop effacées, la façon de parler qui n'était pas la bonne, les goûts qui ne se conformaient pas à ce qu'on attendait de toi. Ton père, les rares fois où il était à la maison, te réservait un discours similaire.

Tu passes trop de temps à rêvasser.

Tu devrais moins jouer aux jeux vidéo.

Quelle idée de porter du rose.

Pourquoi ces barrettes dans tes cheveux ?

Ta mère n'y comprenait pas beaucoup plus, mais au moins, elle te laissait tranquille. Quand vous étiez seules et que tu t'entraînais à faire des nattes dans le miroir, elle ne faisait aucun commentaire.

Maintenant, c'est elle qui s'occupe de natter tes cheveux. Ton père n'est plus chez vous depuis longtemps. Il ne te manque pas vraiment.

Tu trébuches sur un coin de bitume trempé et manques de t'étaler de tout ton long, ce qui n'arrangerait rien à ta situation. Personne n'essaie de t'aider. On ne te questionne même plus sur ta façon de t'habiller ou te comporter ; seuls quelques professeurs sont au courant de ta situation. C'est mieux comme ça.

Ton parapluie résiste un peu alors que tu t'efforces de l'ouvrir. Finalement, un grand garçon d'une des classes supérieures vient à ton secours.

— Fais attention à ne pas t'envoler, te dit-il avec un fin sourire une fois ton parapluie enfin ouvert.

Tu lui souris timidement en retour. Il a de longs doigts. Sa silhouette, dans son uniforme noir, t'impressionne. Ça te rassure, de croiser des garçons qui ont confiance en eux. Les voir être eux-mêmes si facilement te conforte sur la réalité de ta situation.

— Merci beaucoup, dis-tu.

Vous échangez un petit hochement de tête et il part rejoindre ses camarades. Le mât du parapluie tremblote dans tes mains à cause du vent. Il souffle entre tes nattes et soulève ta frange.

Penser au sourire du garçon qui t'a aidé te réchauffe comme si tu t'emmitouflais dans une large couverture. C'est exactement ce que tu comptes faire une fois rentrée.

Tes chaussures sont trempées quand tu arrives enfin à la maison. Tu les retires à l'entrée et les place soigneusement dans le placard pour qu'elles sèchent. Les pantoufles réchauffent tes pieds endoloris d'avoir couru pour rentrer plus vite. Tu glisses le parapluie à côté du placard à chaussures. Ta mère te disputera ; tant pis.

— Je suis rentrée, annonces-tu, même si tu sais bien que tu es toute seule.

Certains jours moins pluvieux, le chat du voisin passe par le balcon pour venir vous rendre visite. Avec cette pluie qui n'en finit plus, pas l'ombre d'une oreille à l'horizon. Tu n'as pas faim, donc tu te diriges directement dans ta chambre.

Les gouttes s'écrasent contre la vitre de la porte-fenêtre. Tu t'arrêtes quelques secondes pour les regarder couler. C'est un peu hypnotisant et le bruit rend déjà tes paupières lourdes. Tu bâilles légèrement. D'une main, tu couvres ta bouche ouverte par réflexe, de l'autre, tu laisses ton sac et ton manteau tomber au sol à côté de ton poste de télévision.

Si ta mère était là, elle te dirait d'au moins défaire tes nattes avant de faire la sieste, mais elle n'est pas là. Tu te glisses sous tes draps toute habillée. Ton pull est un peu humide. Tu te retournes en enroulant la couverture autour de ton corps.

Tu comptes dans ta tête, les yeux clos. Un, deux, trois...

Sommeil.

Il ne pleut plus sur le balcon. Ta chambre est plongée dans un silence pesant. Tu ouvres la porte sur le néant.

Lors de tes premiers rêves de ce genre, il n'y avait que quelques portes à ta disposition. Tes voyages t'ont ouvert de nouvelles voies. Tu as hâte de savoir ce qui t'attend aujourd'hui.

Ici, personne ne se moque de toi. Personne ne te demande pourquoi tu as changé d'école. Personne ne cherche à t'espionner quand tu vas dans les toilettes pour te changer. Il n'y a pas de professeur pour te questionner sur tes choix et pas de père pour se plaindre qu'on lui ait menti sur la marchandise.

Il y a de jolies couleurs, de beaux paysages. Tu peux faire du vélo pendant des heures sans que quelqu'un te réprimande. Tu peux chercher des grenouilles dans les buissons de grandes et sombres forêts qui cachent bien des secrets.

Ici, tu es libre.

Tu penses aux filles qui se moquaient de toi à l'école. Ta main agrippe une des poignées de porte, sans tout à fait te rappeler ce qu'il y a derrière. Tu te demandes ce que tu ferais à ces filles si elles étaient là.

Ta mère dirait qu'il ne faut pas faire de vagues, qu'il faut pardonner. Que c'est normal que les gens aient du mal à s'adapter à ce qui sort de la norme. Ça ne veut pas dire que tu fais quelque chose de mal, pas vraiment, plutôt que tu fais quelque chose de difficile.

Tu penses au garçon qui t'a aidé avec ton parapluie. Pour lui, il n'y a rien de difficile. En tout cas, pas de ce côté-là.

Derrière la porte, il neige. Tu n'as pas froid. Si tu le voulais, tu pourrais t'allonger au milieu de toute cette blancheur et y rester des heures sans bouger. Ce serait ennuyeux, mais reposant.

Ennuyeux, mais reposant. C'est le genre de vie que tu aimerais avoir.

En attendant, il te reste les rêves.

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